Eco-conception de jardin, éco-paysagisme, jardin naturel, écologique, durable, permaculture...

 

Toutes ses notions recouvrent des démarches qui nous mènent sur des chemins parallèles : elles nous invitent à changer de regard, à aller dans le sens de la nature et non contre elle, elles impliquent aussi de ne pas avoir de certitudes, de se remettre sans cesse en question. Car, dans la nature, tout est en mouvement.

 

Pourquoi je fais les choses comme ça ? Est-ce que cette pratique, ce choix, est juste, aujourd'hui pour ce jardin, pour vous, pour moi ? Ici, on choisira de préparer le sol mécaniquement, là, on préfèrera le couvert de matières organiques.

Se mettre à la place de... des arbres, des vivaces, des pierres... sans s'oublier soi-même.

Comment je me sens si je mets cette plante ici ? Et elle ? Est-elle dans des conditions qui lui sont favorables ? Comment s'intègre-t-elle dans cet environnement ? En Bretagne, les jardins sont très différents sur la côte et dans les terres intérieures.

Etre éco-paysagiste demande de l'écoute et implique d'oublier les réponses toutes faites.



La permaculture, qu'est-ce que c'est ?

La permaculture englobe les principes d'éco-jardinage, d'éco-conception de jardin, de développement durable au sens large.

Elle inclut également les dimensions économiques, sociales, éthiques... de l'échelle locale à l'échelle de la planète.

Perrine et Charles Hervé-Gruyer de la Ferme du Bec proposent des explications très claires sur leur site

Extrait : "La permaculture cherche à concevoir des installations humaines harmonieuses, durables, résilientes, économes en travail comme en énergie, à l’instar des écosystèmes naturels... La permaculture repose sur 3 principes éthiques : prendre soin de la Terre, prendre soin des Hommes, partager équitablement les ressources."


J'ai suivi la formation CCP (Cours de Conception en Permaculture) en avril et août 2016 à La Ferme du Bec (Bec Hellouin - 27)

(Photos ci-contre)

 


La permaculture dans les jardins

La ferme du Bec est orienté vers le maraichage et la formation.

Cependant, l'approche permaculturelle prend également tout son sens dans un jardin dit d'ornement.

 

Pensez de façon globale

Lors des visites-conseil sont identifiés les points où il est faudra intervenir : taille de haies, d'arbres, besoin de paillage, trop ou pas assez de terre, de pierres, des végétaux inadaptés à un endroit, des espaces trop vides ailleurs, gestion de l'eau de pluie...

Ce qui est en trop ici, trouve sa place là.

Ce qui était un déchet à évacuer, devient une ressource.

 

Ainsi, la terre enlevée pour créer une mare sera utilisée pour une culture potagère sur butte ou pour surélever un massif d'arbustes aromatiques dans un terrain humide.

 

Circulation des plantes et des matériaux, réutilisation et limitation des intrants, optimisation... on retrouve les principes de fonctionnement de la permaculture.

 

Il est essentiel, dans cette démarche, de considérer le jardin dans son ensemble, de façon globale.

Pour les jardins, je préfère utiliser la notion de Jardin durable qui fait écho à celle de développement durable.

Ci-dessus, le dépliant "Construire et rénover au naturel" élaboré dans le cadre d'une collaboration entre Approche éco-habitat et CCA, propose une grille d'évaluation d'un projet.

 (Rédaction de la partie Site et jardin par mes soins.)



Voici quelques principes qui me guident :

Les fonctions

 Dans la démarche permaculturelle, une attention particulière est portée sur les fonctions :

chaque élément a plusieurs fonctions

et chaque fonction est remplie par plusieurs éléments.

 

Ainsi, la construction d'une pergola en fer forgé par un artisan local influe sur l'économie locale, permet une verticale qui va équilibrer le jardin comme un "pont" entre l'intérieur et l'extérieur, apporte ombre et fraîcheur au bâti en été, sert de support à une biodiversité spécifique, apporte un parfum, une essence agréable et guérisseuse (chèvrefeuille, rosiers grimpants...), amène l'élément métal (feng-shui)...

 

(Conception et fabrication Laurent Miniou, ferronnerie, Rosporden - Gîte et chambres d'hôtes de La fontaine blanche, Melgven)


Jardin sans taille

Connaissez-vous Idéfix ? Enfant, j'ai lu la collection des Astérix chez mon grand père.

Je crois que ça laisse des traces...

 

Mis à part si vous souhaitez produire du bois (osier, broyat pour paillage, fabrication d'aménagement "maison", bois de chauffe...), j'ai écrit cet article pour vous !

Questions et affirmations récurrentes :

"Quand faut-il tailler les hortensias ?"... voir la suite

"ça leur fait du bien"... voir la suite

"Il a mieux fleuri l'année suivante"... voir la suite

Encore quelques réflexions

sur la taille des végétaux

dans cet interview.


Associer les plantes

Les racines complémentaires

Les systèmes racinaires ont des profondeurs, des volumes complémentaires : denses et drageonnants / racines pivot fortes et profondes.

 ° Un système en réseau superficiel fixe les matières organiques en surface, diminuant le lessivage et le ravinement de la terre. Il capte également les eaux de pluie. (Elaeagnus, lilas...)

 ° Un système en pivot stabilise le sol en profondeur, le décompacte et conduit l'eau et les éléments nutritifs dans le sol, rendant le bêchage inutile (onagre, eryngium, vipérine, bardane, chardon, fenouil, panais ... pour les vivaces).

Les différents systèmes racinaires ont donc des rôles complémentaires.  L'association de formes de racines différentes évite également l'effet de concurrence entre les plantes.

Jardin aromatique et médicinal - Photo Anne Lavorel
Jardin aromatique et médicinal - Photo Anne Lavorel

Des hauteurs et des formes complémentaires

 ° Dans un jardin écologique, on cherche à reproduire un effet visuel proche de celui qu'offre la nature. On s'en rapproche en associant des formes, des tailles, des épaisseurs... différentes et complémentaires.

 °Arbres et arbustes structurent l'espace des grands jardins. Pour les massifs et les petits jardins, les petits arbustes, les grimpants, les grandes vivaces (fenouil, verveines de Buenos Aires...), les graminées structurantes (miscanthus, calamagrostis...), et quelques bisannuelles (roses trémières, onagres...) dessinent l'ossature.

° En règle générale, on cherche à étager les différentes plantes, à les positionner de façon complémentaire : arbres, grands puis petits arbustes, grimpantes, buissons, fleurs et graminées (vivaces, annuelles, bulbes...) des plus grandes aux rampantes .

La diversité des familles végétales aide à créer un éco-système

 - Les Allium sont riches en acides aminés soufrés acaricides. Ils agissent préventivement contre les maladies cryptogamiques et bactériennes comme le mildiou, l'Oïdium et la rouille.

- Les plantes aromatiques (lavande, romarin, mélisse, hysope...) ont chacune des propriétés différentes pour éloigner pucerons, fourmis, limaces et escargots...

- Les graminées abritent de nombreux insectes auxiliaires pendant l'hiver (coccinelles...)

- Les Ombellifères (Apiacées) abritent de nombreux insectes auxiliaires dont les coccinelles en hiver.

L'observation

L'observation et l'analyse du site permettent d'intégrer des éléments essentiels au plan pour développer des interactions entre ces éléments et mieux comprendre le fonctionnement de la nature. Connaitre le cycle de l’eau, le cycle solaire, les vents dominants, le climat, les microclimats et les types de sols permettra de mieux choisir les emplacements pour les différents espaces.

Les plantes dites invasives

Les graines germent dans les forêts alentour.
Une haie de laurier palme.
Une espèce invasive est une espèce végétale ou animale qui envahit un territoire qui n’est pas le sien. Elle y prospère au détriment des espèces locales. Cela peut entraîner une altération du fonctionnement normal d'un écosystème local.
Pour le Finistère, on trouve : le laurier-palme, le rhododendron pontique (dit sauvage), l'arbre à papillon, l'herbe de la Pampa, les griffes de sorcière, la jussie des marais...
Ces plantes sont en "vente libre", à chacun de prendre ses responsabilités...

Brochure du Conseil général : "Plantes invasives, un danger pour la biodiversité du Finistère."

La gestion différenciée

La gestion différenciée consiste, dans une commune, à établir des zones selon le degré d'intervention d'entretien, des massifs d'annuelles saisonniers dans le centre ville aux espaces naturels (coulées vertes, trame verte et bleue, réserves naturelles...).

Cela permet à la fois de diminuer les dépenses d'entretien et de préserver la biodiversité.

 Ce zonage peut également servir de trame pour la conception d'un jardin de particulier, même de dimensions réduites.


Travailler manuellement

Bêcher, ratisser son jardin : voilà des pratiques ancestrales qui n'ont plus lieu d'être en éco-jardinage ou en permaculture. Le couvert végétal, la grelinette et le travail du petit peuple du sol remplacent les anciens outils.

 

J'ai, un jour, pris conscience de tout ce que le progrès technique faisait perdre aux particuliers, aux ouvriers municipaux, aux paysagistes,  "cosmonautés" pour réaliser l'entretien des espaces verts, et, à nous tous, envahis par le bruit assourdissant des tondeuses, taille-haie, coupe-fil, souffleurs...

Le vent, le chant des oiseaux, des insectes, les parfums, le contact avec les plantes, avec la terre... c'est ça qui équilibre notre moulin à pensées.

Mon objectif est de concevoir les espaces verts, les jardins, différemment, pour réduire au maximum les tâches pénibles (tonte, taille, désherbage, arrosage) et permettre le travail manuel.

Tirer parti du sol existant

La nature du sol est fondamentale. Sa composition peut difficilement être modifiée. Il est plus durable de choisir les plantes en fonction du sol que l'inverse.
A chaque sol (même pauvre en matières organiques) correspond une belle palette végétale.

Protéger et enrichir le sol

Le paillis est utile pour couvrir le sol le temps que les plantes couvre-sol s'installent ou pour améliorer un sol appauvri (par l'activité humaine, par exemple).

Dans le premier cas, il est choisi en fonction des goûts personnels, de la situation (exposition au vent), des besoins des plantes (chaleur, humidité)...

Pour améliorer un sol, on peut déposer sur la terre :

- des matières vertes, humides, riches en azote, au printemps : fougères, orties, consoude, algues, déchets de cuisine,  tonte de pelouse...

- des matières brunes, sèches, riches en carbone, en automne : broyat de branges, feuilles mortes, paillis de lin, de chanvre...

 

Les paillis ont de multiples avantages :

* ils procurent une sensation de protection, et, au-delà, c'est une réalité : la terre est enrichie, protégée des intempéries et on évite les problèmes de tassements, d'érosion, les pertes des matières organiques

* les paillages végétaux ont des propriétés fertilisantes différentes : azote, carbone, silice...

* en période chaude, il y a moins d'évaporation (moins ou pas d'arrosage)

* les paillis minéraux emmagasinent la chaleur et gardent moins l'humidité

* et enfin, la corvée de désherbage est extrêmement réduite, les sauvages ont plus de mal à s'installer et la terre reste souple. Le désherbage devient un moment de détente, l'occasion de se rapprocher des plantes, de les bichonner, de les sentir, de les toucher, de les cueillir.

 

Les paillis minéraux (paillettes de schistes, galets...) présentent des atouts esthétiques et limitent le désherbage, mais ne nourrissent pas le sol. Ils conviennent aux plantes de terrain sec : flore méditerranéenne, flore du littoral...

Les alternatives au gazon

De nombreuses petites plantes vivaces, rampantes, peuvent remplacer une zone engazonnée. Le coût de l'installation et l'entretien les 2 ou 3 premières années sont plus importants, mais, ensuite, on oublie la tondeuse et on admire les floraisons...

Pour aller plus loin : Pépinière Filippi


Et...

Une multitude d'autres éléments ou pratiques sont importants : l'eau, les poules...

J'ai choisi de développer ceux que rentrent dans la plupart des jardins que j'accompagne.